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Madame Eva Razafimandimby fait partie de ces jeunes ministres que le pouvoir de transition a mis en place pour mener les affaires courantes. Pourtant cela ne l'empêche pas de faire des prospectives sur le devenir économique du pays. Pour le Mémento, elle donne son analyse sur des sujets clés du développement comme la coopération régionale et les investissements étrangers.
Le Mémento : Madame la Ministre, concernant notre balance commerciale déficitaire, comment inverser la tendance et la rendre excédentaire ? Dans la même optique, comment relancer la coopération régionale (notamment dans l'agroalimentaire) ?
Madame Eva Razafimandimby : Effectivement la balance commerciale est déficitaire. Le taux de couverture de nos importations par nos exportations s'élève normalement entre 50 et 60%. Le taux le plus bas qui était de 33,15% a été observé en 2009, pendant cette période de crise. En 2010, on a noté un léger redressement pour se situer à 39 %. J'aimerai toutefois attirer votre attention sur le fait que nos exportations ont connu une augmentation sensible sauf durant la période de crise, car entre 2005 et 2008 on a enregistré une augmentation de 45% de nos exportations qui sont passées de 571 à 828 millions de Droits de Tirage Spéciaux (DTS).
Mais pour la même période nos importations ont augmenté de 113%, cela est en partie dû aux investissements miniers. Des efforts sont en cours pour redresser notre balance commerciale. Nos principaux produits agricoles d'exportation ont, ces dernières années, traversé des difficultés, les filières étant complètement désorganisées. Pour remédier à cette situation des Ateliers de relance de ces filières ont été organisés dans les principales régions de production (en juin, atelier vanille à Sambava et relance du café à Manakara. En août atelier Girofle à Fénerive-Est).
Par ailleurs, pour consolider nos positions, des actions vont être entreprises pour améliorer la qualité de nos produits et respecter les exigences des marchés étrangers. La diversification des marchés et produits d'exportation constitue également un volet important dans les actions menées en faveur du développement de nos exportations. Finalement, nous projetons de mettre en place une structure qui se chargera uniquement de la promotion des exportations.
Concernant la coopération régionale, Madagascar a adhéré à plusieurs Communautés Economiques Régionales pour développer le commerce et les investissements.
En effet, le marché national s’avère trop étroit pour mettre en place un environnement suffisamment incitatif pour le commerce et l'investissement d'envergure. Les potentialités des échanges existent particulièrement pour Madagascar aussi bien au niveau du COMESA que de la SADC. Des études effectuées au niveau national et par le Centre du Commerce International confirment cette situation.
Beaucoup d'opérateurs économiques malgaches ne sont pas conscients de ces opportunités, nous allons donc conduire une campagne de sensibilisation intensive au niveau national et une action de promotion au niveau régional.
Le Mémento : Comment donner confiance aux investisseurs ? Pouvez-vous préciser où en est projet de Conseil National de la Concurrence, la fiscalité des entreprises, la facilitation de création d'entreprises... ?
Madame Eva Razafimandimby : Le conseil de la concurrence existe selon l'article 29 de la loi du 17 octobre 2005 et est institué par décret en 2008.
Le conseil de la concurrence est le cadre institutionnel chargé d'appliquer et de mettre en œuvre les règles légales et règlementaires relatives à la concurrence, à garantir la transparence dans les transactions commerciales, à prévenir, éliminer ou réprimer les entraves au libre jeu de la concurrence et les pratiques commerciales qui limitent l'accès au marché ou de manière générale. Le texte instituant le Conseil de la Concurrence vient d'être adopté en Conseil de Gouvernement ce 16 août, il sera mis en œuvre prochainement. Concernant la fiscalité des Entreprises, elle est traitée avec toute la transparence nécessaire. Les obligations fiscales sont prévisibles car toutes les informations y afférentes peuvent être obtenues au niveau de l'EDBM et un inspecteur des impôts siège au niveau du Guichet Unique.
De même pour la création de Société, toutes les informations peuvent être obtenues au préalable au niveau de l'EDBM et toutes les formalités s'exécutent à l'intérieur du Guichet Unique de l'EDBM dans un délai maximal de quatre jours. Le Capital minimum auparavant institué pour la création d'une SARL a été supprimé et même la demande de visa des investisseurs est traitée au niveau du Guichet unique.
Madagascar à la foire de Marseille
Le Ministère du Commerce a donné une suite favorable à l'invitation officielle du « Safim », organisateur de cette Foire internationale, qui se tiendra du 23 septembre au 3 octobre 2011 à Marseille. Ainsi, les groupements, tels que GEM, SIM, Chambre de Commerce et d'Industrie et autres ont déjà été officiellement saisis pour participer à cet événement international. Le même Ministère du Commerce a, par ailleurs, fait une communication sur un système visant à récompenser les exportateurs performants. Des critères ont déjà été proposés, avec des coefficients de pondération, sur le choix des exportateurs pouvant bénéficier de ces primes.
Seront pris en compte notamment les chiffres d'affaires, le taux de rapatriement de devises, la prospection de nouveaux marchés ainsi que l'exportation de produits autres que ceux traditionnellement recensés. La cérémonie officielle de remise desdites primes se tiendra à l'occasion du 7ème Forum Economique des Iles de l'Océan Indien qui aura lieu à Taolagnaro du 24 au 26 octobre 2011.
L’Europe autorise l'importation de viande bovine
Hasard du calendrier, alors que nous interrogions Madame La Ministre sur la balance commerciale du pays, une importante décision était prise par l'Union Européenne la même semaine. Il s'agit précisément de l'abrogation, par la Commission de l'Union Européenne, de la Décision n°2006/241/CE du 24 Mars 2006, se rapportant à l’interdiction des importations des produits d'origine animale, provenant de Madagascar, vers le marché de l'Union Européenne. Le Gouvernement a aussitôt réagi en précisant : « la décision d'exécution de la Commission de l'Union Européenne, faisant officiellement état de cette abrogation, ne signifie pas que les exportations camées malagasy pourront reprendre immédiatement. Madagascar est désormais soumis aux mêmes règles et procédures, en la matière, que tous les autres pays ». En clair il s'agit désormais au pays de se mettre en règle avec les normes sanitaires. Une mission de l'OAV (Office Alimentaire Vétérinaire de l'Union Européenne) doit se rendre dans le pays d'ici à la fin d'année afin d'entériner cette autorisation d’exportation. Dans ce cadre là, les trois Ministères concernés (Elevage, Commerce, Agriculture) ont élaboré une Communication au Gouvernement le 12 août dernier. Dans cette note, on peut relever une série de recommandations, véritable feuille
de route à tenir pour l'obtention du fameux sésame qui ouvrira les portes de l’Europe : les DSV et DPV sont reconnues comme Autorités compétentes, les budgets pluriannuels devront être sécurisés afin de faire face à d'importantes charges à venir, recrutement de cadres devant assumer les missions régaliennes, renforcement de capacité du Bureau des Normes...
Source : Mémento du septembre 2011, n°378, page 72-73 |