Ce mardi 15 mai 2012, au Ministère du Commerce, a eu lieu une Conférence de Presse conjointe (MINCOM-FCCIM-CCI TANA) pour une large diffusion de l’arrêté n°7330/2012/MINCOM du 18 avril 2012, portant mise en place des Comités ad hoc chargés des élections des membres titulaires des CCI. Cette conférence avait également pour objectif de présenter le calendrier à suivre pour le bon déroulement de l’organisation des élections des membres titulaires des CCI.
Eva Razafimandimby - « La sanction de la SADC est injuste »

 

 

La Ministre du Commerce, Rinasoa Irène Eva Razafimandimby se penche sur la situation du commerce intérieur et extérieur de Madagascar. De l'intégration régionale aux problèmes rencontrés sur le marché intérieur, tout est dit et des explications sont apportées sur leurs causes.

 

• Les activités commerciales sont-elles touchées par la sanction de la SADC ?


- Actuellement, nous ne pouvons pas participer à toutes les activités de la SADC, mais le commerce du textile et de l'habillement se déroule toujours très bien. Nous pouvons continuer d'en exporter sous le régime de la simple transformation. La sanction demeure au fait que nous ne pouvons pas, par exemple, défendre nos intérêts. Nous recevons uniquement des rapports et devons accepter ce qui a été décidé. De ce fait, nous assistons actuellement à une méfiance des opérateurs, à leur réticence à exporter. Comme la situation est actuellement instable, plusieurs ont décidé de changer carrément d'activité.

 

Ils ne sont pas rassurés et craignent la faillite, mais comme je l'ai dit, il n'y a pas de problème pour le secteur textile habillement. Sauf peut-être pour l'AGOA où l'exportation malgache ne bénéficie plus de mesures préférentielles. Je dois également avouer que cette situation me met hors de moi et je n'arrête pas de répéter qu'elle est injuste puisqu'elle ne concerne pas la politique.

 

• L'adhésion dans une organisation régionale est-elle vraiment importante ?


- Être membre d'une organisation régionale peut constituer un grand atout pour un pays. C'est un processus de développement économique à travers l'ouverture du marché. Elle permet également de promouvoir l'investissement. Il y a aussi l'offre d'abaissement tarifaire en ce qui concerne la SADC par exemple. Or, il ne faut pas oublier que c'est un marché de 220 millions d'habitants tandis que la COMESA n'en compte que 200 millions. Il ne faut pas non plus oublier que Madagascar est une île et en tant que telle, elle est obligée de s'ouvrir aux échanges internationaux pour accroître sa compétitivité. Enfin, les communautés économiques régionales disposent d'une grande panoplie de stratégies appropriées pour le développement des pays membres.

 

• Avec notre balance commerciale qui est déficitaire, l'ouverture est-elle aussi bénéfique que cela ?


- Il est vrai que notre balance commerciale est déficitaire*. La réalité est que les industries malgaches rencontrent actuellement un grand problème au niveau de la compétitivité. Mais c'est en partie dû aux erreurs commises au moment de l'adhésion à l'organisation elle-même. Lorsque nous avons adhéré à la zone de libre-échange de la SADC, nous avons fait des offres d'abaissement tarifaire, mais nous avons oublié d'établir une liste de nos produits sensibles, comme dans la COMESA. Or avec cette liste, nous aurions pu émettre des délais pendant lesquels nos industriels auraient eu assez de temps pour se préparer à devenir beaucoup plus compétitifs, que ce soit au niveau de l'exportation ou sur le marché intérieur même.

 

• Justement la loi sur la concurrence est-elle appliquée devant l'abondance des produits importés sur le marché local ?


- Bien sûr qu'elle l'est. D'ailleurs, nous projetons de la renforcer en mettant en place un Conseil de la concurrence qui sera une institution à part et indépendante. Même le Ministère du Commerce ne pourrait pas avoir de mainmise sur lui. Et ceux qui seront appelés à devenir des membres, seraient obligés de démissionner de leurs anciennes fonctions pour assurer son indépendance.

 

• Mais l'actuel pouvoir étant accusé de faire une « économie de palais », le conseil serait-il réellement indépendant ?


- Je ne peux pas me prononcer au nom de mes prédécesseurs, mais je peux vous dire que, personnellement, je n'ai jamais subi d’ingérence de la part d'une quelconque personnalité proche du palais présidentiel. D'ailleurs, depuis que je suis Ministre, les idées que j'avance sur le commerce durant les conseils, ont toujours été acceptées et aucun contrordre n'est venu les modifier. En revanche, je ne sais ce qui adviendra dans le futur, mais actuellement cette accusation n'est pas fondée en ce qui concerne mon Ministère. Et je ne pense pas qu'elle le sera avec le futur Conseil de la concurrence.

 

• En attendant, comment expliquez-vous l'abondance des produits périmés sur le marché ?


- Il est vrai que cette situation est flagrante. Des produits qui sont périmés ou qui sont proches de la date de péremption, sont écoulés même dans les centres commerciaux. Je ne vais pas jusqu'à dire que Madagascar est un dépotoir, mais le pouvoir d'achat des Malgaches est faible et le prix des produits connaît une réduction importante lorsqu'ils approchent de la date limite de conservation. De plus, la durée de transport est beaucoup plus longue du fait de notre insularité. Mais je ne peux pas non plus nier que parfois il y a tout simplement mauvaise foi de la part des opérateurs.

 

• N'y a-t-il pas un moyen de contrôler ces produits avant même leur embarquement ?


- Actuellement, nous avons besoin de faire une refonte. Certains textes ne correspondent plus à l'actualité. Normalement avant que les produits ne soient embarqués, il faut insister sur le respect des normes. Dans cette optique, nous projetons de renforcer le Bureau des Normes de Madagascar. Nous disposons également de la Direction de la Concurrence et de la Protection des Consommateurs qui est constituée par des gens ayant reçu une formation. Malgré le recrutement annuel effectué, elle manque pourtant de personnel. Néanmoins, il est de sa responsabilité de saisir les produits périmés et de les brûler. Il faut aussi compter sur le problème de mentalité: quels que soient les efforts fournis, il y a toujours des personnes qui refusent de respecter la loi.

 

• Le problème actuel avec les grossistes s'inscrit-il dans cette question de mentalité ?


- En fait, cette situation est un peu spéciale. Nous sommes dans une période exceptionnelle et moi-même j'ai demandé à ce que les négociations entre les parties concernées se fassent en souplesse. Mais le Conseil des grossistes professionnels de Madagascar campe sur son idée et refuse catégoriquement l'existence des semi-grossistes tout en persistant dans l'utilisation des factures. Parallèlement, nous recevons également des demandes du report de l'assainissement à la fin de la Transition, d'où la complexité des négociations.


*En 2010, l'importation (CAF) de Madagascar a représenté 1652,97 millions de DTS alors que l'exportation n'a été que de 630,37 millions de DTS. Il y a donc eu un déficit de 1022,60 millions de DTS.

 

Source : L’Express de Madagascar du mercredi 25 mai 2011, n°4926

 

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